Pourquoi les statistiques sur les envois de fonds sont importantes pour l’Afrique

Auteur : Paloma Monroy, spécialiste principale des transferts de fonds.

La Journée africaine de la statistique est célébrée chaque année le 18 novembre pour stimuler le développement des statistiques en Afrique et sensibiliser le public au rôle vital que jouent les statistiques dans tous les aspects de la vie sociale et économique du continent. Aujourd’hui, l’UNCDF se joint à la célébration du processus de modernisation des systèmes de données pour produire et exploiter les statistiques sur les transferts de fonds afin d’informer les politiques visant à améliorer la vie des migrants africains et de leurs familles restées au pays.

L'importance des envois de fonds pour l'Afrique

Les envois de fonds, c’est-à-dire les paiements transfrontaliers que les migrants vivant et travaillant en dehors de leur pays d’origine envoient à leurs proches, sont actuellement soumis à un ensemble de politiques et de réglementations qui tendent à différer considérablement d’une région à l’autre, voire entre pays voisins. Les multiples directives régissant les formes acceptables d’identification personnelle, le montant maximum des transactions, les exigences en matière de licence pour les opérateurs de transfert d’argent, etc., se combinent pour créer un marché formel des transferts de fonds d’une complexité telle qu’il pousse souvent les clients à utiliser des alternatives informelles plus simples mais plus risquées.

Selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur les migrations et le développement, l’Afrique subsaharienne a reçu environ 49 milliards de dollars de transferts de fonds en 2021. En raison de sa diaspora massive, le Nigéria reçoit régulièrement les plus grands flux de transferts de fonds (suivi par le Ghana, le Kenya et le Sénégal) ; à l’inverse, l’Afrique du Sud est le plus grand expéditeur de transferts de fonds vers d’autres pays africains. 

Défis

Les pays africains reconnaissent l’importance de normaliser les concepts et les définitions et de suivre les normes, les directives et les meilleures pratiques acceptées au niveau international pour saisir et fournir des statistiques sur les transferts de fonds. Cependant, il existe différents niveaux de mise en œuvre, et les statistiques sur les transferts de fonds sont compilées selon différentes normes.

Imaginons que nous voulions jeter un regard mesuré et précis sur la taille du marché des transferts de fonds dans un pays ou une sous-région donnée, en fonction de plusieurs facteurs. Supposons, par exemple, que nous voulions partager des statistiques sur l’origine de l’argent par fournisseur, les sommes moyennes envoyées par les femmes et les hommes migrants respectivement, la manière dont les transferts de fonds sont envoyés, à quels coûts et à quelle vitesse, et les destinations physiques (ou virtuelles), ou points de réception.

Que pouvons-nous offrir ? Que trouvons-nous ? Malheureusement, et c’est le plus frappant, nous constatons des lacunes dans les statistiques de plusieurs pays, des difficultés méthodologiques, un manque d’harmonisation des définitions et des concepts, ou l’absence de données ventilées par sexe. Dans de nombreux pays africains, la mesure des transferts de fonds – et leur différenciation des autres paiements – est un problème bien trop familier pour les banques centrales et les bureaux nationaux de statistiques (BNS).

Ces lacunes sont préoccupantes en termes d’élaboration de politiques, de transparence, de stabilité financière, d’inclusion financière, d’intégrité financière et de protection financière des consommateurs. En principe, les responsables politiques africains comprennent le rôle important que joue la migration dans le développement des pays d’origine comme de destination. Toutefois, dans la pratique, et en l’absence de statistiques fiables sur les envois de fonds, ils ne sont pas suffisamment équipés pour prendre des décisions politiques judicieuses qui favoriseront l’approfondissement du secteur financier afin de permettre aux populations à faibles revenus d’adopter des services financiers formels. L’accès à des statistiques précises, opportunes, granulaires et désagrégées sur les transferts de fonds en Afrique est essentiel pour formuler un cadre politique, prendre des décisions et mesurer les résultats des politiques publiques, développer le secteur privé et autonomiser les migrants et leurs familles. Plus largement, le développement des capacités et des mécanismes d’utilisation efficace des données est également un aspect fondamental du développement en Afrique.

Que peut apporter l’UNCDF?

Compte tenu de ces défis, les gouvernements doivent exiger de leurs responsables de la réglementation et de l’élaboration des politiques qu’ils améliorent leurs données sur les transferts de fonds et qu’ils révisent les protocoles de déclaration. Les banques centrales et les BNS jouent un rôle crucial dans la transformation et la modernisation des systèmes afin de fournir les données et les statistiques nécessaires pour soutenir le développement social et économique des pays africains. Avec l’aide de partenaires, tels que l’UNCDF et les donateurs, les communautés économiques régionales soutiendront les banques centrales, les BNS et les régulateurs pour développer les capacités de collecte et d’analyse des données sur les transferts de fonds.

L’UNCDF est engagé dans un effort régional continu pour améliorer l’accessibilité, la comparabilité, la granularité et la précision des données sur les transferts de fonds. En octobre 2022, par exemple, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a approuvé une feuille de route pour l’harmonisation régionale des politiques de transfert de fonds afin de remédier aux incohérences et aux incompatibilités entre les politiques, les processus de paiement actuels, les procédures et les dispositifs de sécurité qui entraînent des retards et des coûts relativement élevés pour les bénéficiaires. L’IGAD et l’UNCDF fourniront une assistance technique à ses États membres en développant les capacités des banques centrales.

En bref, l’UNCDF met en évidence cinq outils politiques interconnectés pour permettre aux banques centrales de transformer les données sur les transferts de fonds en une politique utile :

  • Évaluer : Évaluer le cadre national existant pour la collecte de données sur les transferts de fonds afin de déterminer les lacunes, les besoins en données et les possibilités d’intervention.
  • Connecter : Apprendre et appliquer l’expérience des banques centrales acquise ailleurs. Quels sont les systèmes de déclaration des transactions internationales les plus appropriés ? Quels sont les enseignements tirés de la mise en œuvre de systèmes de collecte de données sur les transferts de fonds ? 
  • Automatiser les processus d’extraction et de compilation de données granulaires sur les transferts de fonds en utilisant des technologies avancées. Les statistiques sur les transferts de fonds générées par le système seront plus larges, plus profondes, plus fiables et plus révélatrices, plus rapides et moins chères que les alternatives conventionnelles. Les solutions technologiques peuvent contribuer à réduire les coûts opérationnels liés à l’extraction et à la compilation des statistiques sur les transferts de fonds en Afrique et à soutenir les changements réglementaires. 
  • Exploiter le pouvoir des statistiques sur les envois de fonds : Rassembler, analyser et partager les statistiques pour améliorer l’élaboration des politiques ou les résultats commerciaux. Les gouvernements, les banques centrales et les prestataires de services d’envoi de fonds doivent travailler ensemble et combler les lacunes dans la collecte et l’utilisation de statistiques ventilées par sexe sur les envois de fonds, car les comportements d’envoi et de réception de fonds sont très sexués.  
  • Transformer pour conduire le changement. Définir le processus de mise en œuvre d’un système de déclaration et d’analyse des transactions en se concentrant sur les résultats pour les utilisateurs finaux. Qu’est-ce qui correspondra de manière réaliste aux besoins et aux capacités des autorités réglementaires, des entités déclarantes et des marchés des transferts de fonds pour mieux servir les migrants et leurs proches ?

Cela ne peut se faire qu’en collaboration avec des entreprises technologiques ayant fait preuve d’innovation dans ce domaine et qui proposent activement aux régulateurs des solutions pour saisir, gérer et analyser les données.

En Afrique, de nombreux pays collectent déjà des données sur les volumes de transferts de fonds (et les flux dans le temps), mais celles-ci n’obéissent pas nécessairement à un format standardisé. Une première étape serait que chaque pays soit en mesure de proposer ces chiffres. Au-delà, un véritable changement de paradigme est nécessaire, en particulier dans les pays les moins avancés, pour permettre la collecte et le partage de données désagrégées sur les transferts de fonds en fonction de divers paramètres, tels que le canal de transfert, le sexe, l’âge ou la localisation (de l’expéditeur et du bénéficiaire), ou même la raison du transfert. Ces données pourraient offrir une image révélatrice, à l’échelle macro, de la vie et des luttes des travailleurs migrants et de leurs familles, d’une manière essentielle pour l’élaboration de politiques publiques inclusives, le développement de produits et l’augmentation des investissements étrangers dans ces pays plus pauvres.

"Les politiques et les processus africains doivent faire l'objet d'une refonte radicale et intégrée qui équivaut à une révolution des données. Rien de moins qu'une telle révolution ne peut durablement tirer parti de la technologie numérique pour collecter, surveiller et analyser des données granulaires sur les marchés des transferts de fonds : réduire les coûts et améliorer l'efficacité globale."

Des politiques judicieuses doivent être fondées sur des statistiques et des données. Les décideurs des secteurs public et privé dépendent des données et des analyses statistiques pour façonner et étayer leurs décisions. Pour un développement social harmonieux et la prospérité économique, les gouvernements africains ont besoin de statistiques fiables, dont les statistiques sur les envois de fonds sont une composante essentielle. Aujourd’hui, 18 novembre, Journée africaine de la statistique, l’UNCDF réaffirme son engagement à contribuer à la production, à la diffusion et à l’utilisation des statistiques sur les transferts de fonds pour une prise de décision fondée sur des preuves et reconnaît son rôle dans la conception des politiques publiques et le développement de produits numériques de soutien.

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